De mémoire de dockers, cela fait longtemps que l’on n’avait pas assisté à un rassemblement d’une telle ampleur aux abords de l’enceinte portuaire. Mercredi, une assemblée générale extraordinaire de la fédération CGTR ports et docks a réuni près de 400 personnes à l’entrée du port Est. Toutes les professions portuaires étaient représentées : dockers, marins, employés de transit, de la Chambre de commerce, etc. A l’ordre du jour : la participation à la grève générale de jeudi prochain. A l’unanimité, l’assemblée a décidé d’y prendre part. “On adhère totalement à la plate-forme revendicative du Cospar. On sera dans la manif”, annonce Michel Séraphine, secrétaire général de la CGTR ports et docks. Il faut donc s’attendre à un blocage total des activités portuaires jeudi. Pas d’accostage de navire, pas de déchargement de containers, pas de rotation dans les livraisons. Des camions bloqueront l’accès aux quais. Entre 400 et 500 employés de Port-Réunion sont attendus dans le cortège des manifestants, à Saint-Denis.
Non à la privatisation de Port-Réunion
Tout en partageant les revendications générales de la hausse du pouvoir d’achat et des salaires, les dockers comptent sur la grève générale du 5 mars pour faire entendre des inquiétudes plus corporatistes. En premier lieu, celle liée à la réforme des statuts des ports d’Etat d’Outre-mer. Rappelons que Port-Réunion est actuellement sous tutelle de l’Etat, et que sa gestion est assurée par la Chambre de commerce et d’industrie. La réforme en cours pourrait conduire à une privatisation. Une hypothèse qui fait bondir Michel Séraphine : “Pas question que notre outil tombe entre les mains de multinationales. Nous voulons que le port reste sous une gouvernance publique”. L’an dernier, une mission interministérielle s’était rendue dans chaque Dom pour évaluer les conditions de cette réforme. Les conclusions se font attendre. “On ne sait toujours pas à quelle sauce on va être mangé, alors qu’on devait être fixé en début d’année”, regrette Michel Séraphine. Autre revendication de la profession : la mise en place d’un accord de place portuaire garantissant l’emploi des dockers, mesure promise de longue date, lors de la mensualisation de 1994. “Cet accord n’est toujours pas effectif à la Réunion alors qu’il l’est dans tous les ports français”, rappelle le porte-parole des dockers. De quoi nourrir la détermination d’une profession toujours prompte à la mobilisation. Michel Séraphine, qui sent monter “un vent de révolte” parmi ses camarades, annonce d’ores et déjà que sa fédération sera “solidaire” des décisions qui seront prises par le Collectif contre la vie chère. Autrement dit, que le blocage du port pourrait perdurer au-delà du 5 mars, si la grogne populaire venait à se prolonger, comme aux Antilles. “Mais nous n’en sommes pas là”, tempère Michel Séraphine
V.B.




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