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La population et le Collectif du 5 février sanctionnent 25 années d’incompétences

Ce système porte dans sa conception même et véhicule dans son fonctionnement les éléments de la controverse statutaire qui constitue l’alpha et l’oméga de la vie politique martiniquaise. Ainsi la classe politique s’est attaché un boulet aux pieds dont elle ne parvient pas à se défaire et qui la détourne des vrais enjeux. La population vient de la déposséder momentanément du pouvoir et en le confiant au Collectif du 5 février 2009.

A la condamnation de la départementalisation d’avant 1981 a succédé l’insatisfaction de la régionalisation de 1983. L’actuel mépris manifesté par les collectivités pour la décentralisation II de Jean-Pierre Raffarin semble avoir pour objet d’éviter de mettre en péril l’aspiration à la responsabilité totale. En effet, en continuant d’étaler son incompétence dans l’exercice d’une responsabilité encadrée, on risquerait de perdre tout crédit à vouloir exercer des pouvoirs plus importants. Le verdict de la rue a pris de court les appels désespérés à l’article 74.

Prépondérance de la problématique statutaire
Le moratoire fut la première décision politique prise au lendemain de la débâcle de la gauche locale aux présidentielles. Aimé Césaire décidait de suspendre la revendication autonomiste. S’ouvrait alors un débat ininterrompu au sein même des partis autonomistes et indépendantistes. Le temps leur a ainsi manqué pour s’occuper des vrais problèmes. Deux concepts nouveaux ont rajouté à la querelle statutaire : le moratoire et l’assemblée unique.
Les deux premières décisions de la nouvelle collectivité furent d’ordre idéologique. La suppression de l’Ecole hôtelière fut le premier acte de démantèlement de l’activité touristique. Elle sera suivie par la mise en place du doublon de l’Office du Tourisme : l’ARDTM. La mise en pièce en cours des équipements touristiques semble mettre fin au processus. L’abandon du Bumidom est la seconde décision emblématique. Il fallait mettre fin au départ des jeunes chômeurs en métropole. Qu’ils restent sans emploi au pays : merci pour l’extension du chômage et la délinquance.
Les collectivités ont de l’argent et en ont la libre disposition : il y en a pour tout le monde. Cette période fut symbolisée par l’apparition d’une nomenclature dispendieuse ayant pouvoirs, moyens et apparat. La nouvelle et éphémère Air Martinique en fut le symbole calamiteux. Air Martinique et la Semair : deux grands travaux, deux scandales qui ont mis en évidence, outre l’incompétence et la faillite d’une collectivité, une véritable irresponsabilité politique et judiciaire. Jamais élucidés ni sanctionnés par l’électeur, ils mettent au jour les premiers signes du recul de l’Etat de droit.

La presse martiniquaise est multiple mais pas plurielle
Par ailleurs, au plan des institutions, la liberté de la presse est totale, l’ouverture des radios et des télévisions libres a libéré la parole de façon quasiment illimitée. Jamais ne pourrait se dire sur les ondes de métropole ce qu’on entend sur nos ondes. L’annonce erronée sur TF1 de la mort d’un enfant a été récemment sanctionnée par l’éviction immédiate d’un journaliste, sans préjudice des explications exigées par le CSA. La critique est morte en Martinique, seuls Sarkozy et Jego inspirent encore. En effet, la liberté des journalistes s’étale lors des visites des représentants de l’Etat. En réalité, la presse martiniquaise est multiple mais pas plurielle : le même discours est repris partout. En cette période de crise essayez de trouver un organe de presse portant majoritairement la voix des opposants au blocage de la Martinique. Même le Préfet est conduit à s’adresser à la population par téléphone sur une télévision libre.

M. le Président de la République, Mme la Ministre, M. le Secrétaire d’Etat : « mon article 74, s’il vous plaît ! »
Comme jamais, les publications, articles et ouvrages alimentent l’opinion. Nos intellectuels bénéficient de la reconnaissance nationale. A l’abri de toute critique au plan local, ils bénéficient d’une sorte d’infaillibilité intellectuelle. Il est en effet extraordinaire qu’une région qui possède une production littéraire aussi intense ne suscite ni contradiction ni débat. C’est que, globalement, nos auteurs disent tous la même chose, chacun avec son talent, qui ne peut être qu’éminent. De même, l’activité culturelle et artistique est abondante : conférences, colloques, vernissages, concerts, pièces de théâtre se succèdent. Les fêtes patronales se veulent désormais des festivals culturels. Tous se nourrissent de la recherche identitaire et mettent en scène le patrimoine mémoriel de la colonisation et de l’esclavage.
En revanche, le fonctionnement politique démontre une carence essentielle en matière économique. Depuis l’échec retentissant de la SEMAIR les responsables politiques ont été incapables d’entreprendre le moindre projet économique. De même, les mouvements sociaux l’attestent, le rapport des Martiniquais au marché local, notamment à la vie chère, n’a jamais interpellé les élus.
D’où la crise dont le règlement est confié au Collectif du 5 février. Ce qui donne du temps libre à certains élus, comme frappés d’autisme, pour courir les assemblées et palais nationaux, suppliant les princes parisiens : « Mon article 74, s’il vous plaît ! ».

Yves-Léopold Monthieux
8 mars 2009

source : http://www.meetaw.com

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