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Paris veut la mainmise sur RFO

Alors que les responsables parisiens s’accrochent à leur idée de tout décider, les stations de la Martinique et la Guadeloupe rechignent à perdre leur autonomie.

Tout se décide à Paris. Quelque chose qui ces derniers temps a souvent trotté dans la tête des Domiens. La cause aussi de ces mouvements de foule qui, à la Martinique, à la Guadeloupe et ailleurs, ont suscité des vagues de protestations et de contestations contre la capitale qui, décidément, veut tout contrôler. L’illustration de cette manie vient ici par la direction du Réseau France outre-mer (RFO) appartenant au groupe France Télévisions, qui a décidé de procéder au transfert de la diffusion des programmes des stations de la Martinique et de la Guadeloupe directement de Paris. Il y a là de quoi en énerver plus d’un ! Et c’est ce qui se passe à RFO Guadeloupe et Martinique. C’est la raison pour laquelle les deux stations ont amplement suivi le mouvement contre la « pwofitasyon ». Contre la vie chère. Mais aussi pour demander à la direction parisienne de RFO d’abandonner ce projet.

Directeur des antennes de RFO au siège de Malakoff, Luc Laventure défend ce projet. Avant, dit-il, les programmes étaient envoyés par satellite. Station par station. Puis le numérique est arrivé, qui permet à plusieurs personnes en même temps de visionner un même envoi. « C’est la rationalisation de la plate-forme technique de Malakoff avec un signal géré et envoyé à partir de là. » Six stations, soit l’ensemble des stations du bassin Pacifique et de l’océan Indien, fonctionnent déjà sur ce mode. Ce qui, selon Luc Laventure, n’empêche pas que « chaque station garde son autonomie et sa liberté éditoriale. Il y a simplement une gestion plus efficace des tuyaux ».

Avancées technologiques

Acteur lui aussi de ce transfert de la diffusion des stations d’outre-mer via Paris, Jean-Claude Ho Tin Noé, responsable technique du centre de Malakoff, abonde dans le sens des avancées technologiques. Pour lui, ce transfert « est un préalable aux évolutions dans un monde où tout est en train de changer. On est passé dans un autre monde », souligne-t-il. Il poin- te une question qui interpelle les salariés et y répond : « Est-ce que le transfert de diffusion supprime des emplois ? Non ! » estime Jean-Claude Ho Tin Noé. Selon lui, « l’histoire prouve que dans toutes les stations où il y a eu transfert de diffusion, cela s’est passé sans pertes d’emplois ». Il cite le cas du Pacifique, où des salariés ont été reconvertis. Des techniciens de diffusion sont devenus opérateurs de prise de vues (OPV) ou monteurs. Pour Jean-Claude Ho Tin Noé, « le transfert de diffusion ne supprime pas d’emplois, mais ouvre à des salariés la porte à des reconversions aux exigences de la production locale ». Ainsi, il n’y aurait, dit-il, aucun risque ni aucune raison de bouder ce projet. Une bonne chose qui ne peut, souligne pour sa part Luc Laventure, qu’ « alléger les contraintes de l’outil technique ». La direction de Malakoff dit vouloir récupérer du temps et de la force de travail, « qui seront rajoutés au service de la production », pour permettre à RFO de faciliter et d’optimiser l’échange entre les stations.

un passage à la tnt et au web-tv

Malheureusement pour le directeur des antennes et le responsable technique de Malakoff, tout le monde ne voit pas la chose du même oeil. Délégué du personnel de RFO Guadeloupe, Patrice Pioche est contre ce projet. « Pour bien comprendre le problème induit par le transfert de diffusion à Paris, explique-t-il, il faut comprendre comment fonctionne RFO en Guadeloupe. » Dans le nodal (régie de diffusion) où le délégué du personnel se trouve, RFO Guadeloupe reçoit les émissions locales et aussi celles envoyées par Paris et extraites des chaînes nationales. Dans la régie de Baie-Mahaut, en Guadeloupe, on travaille 24/24 heures. « Il y a de la diffusion jusqu’à 1 heu- re, 2 heures du matin, et des enregistrements toute la nuit. Nous avons eu une première réunion, en septembre, avec la direction régionale. Pour nous parler de la suppression des nuits. Quinze jours après, on nous dit qu’il ne s’agit plus de cela. Mais de nous supprimer la diffusion sous prétexte que nous allons passer à la TNT et au Web-TV. » Dur coup pour quelqu’un qui estime qu’une station de télévision ne peut fonctionner sans avoir la main sur sa diffusion !

Le 19 février, la Guadeloupe a vécu le mauvais côté du transfert de diffusion, lors du passage à la télé du président Sarkozy s’adressant en direct à l’outre-mer. Paris a pris la main sur les télés « pays » par l’entremise de France Ô. Alors qu’Élie Domota était en plateau, avec un journaliste, à aucun moment Paris n’a redonné la main aux télés pays pour que le leader du LKP puisse intervenir dans le débat. Paris a fait son show, l’a clôturé, sans même un retour en plateau en Guadeloupe. Pourtant, le duplex était prévu. Sur le plateau, Domota est resté sidéré. Il est parti furieux. Mais qui ne le serait pas devant ce bel exemple de perte d’autonomie ?

Fe. N.

source : http://www.humanite.fr

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